Je m'appelle

Critique / Je m’appelle

Publié le: JEUDI 03 NOVEMBRE 2017

Ils nous appellent.

En s’emparant du texte Je m’appelle d’Enzo Cormann, le comédien Christophe « Garniouze » Lafargue donne la parole à ceux que l’on prend rarement le temps d’écouter. Percutant.

Place de la République à Lyon un samedi matin. Rien ne montre que le spectacle Je m’appelle va commencer dans quelques minutes. Un homme déambule parmi les passants, leur proposant des tours Eiffel miniatures. Un nouveau panneau d’affichage publicitaire est érigé, sur lequel défile une bande-annonce de film d’action.

Le public se rassemble devant le panneau, et l’homme aux tours Eiffel prend la parole. Il installe différents objets devant lui, montre de ses doigts le prix de chacun et jette régulièrement des regards pour s’assurer que la police n’est pas là. On sent chez lui une urgence – urgence à parler, à vendre, à s’enfuir si besoin. Celui que l’on pouvait prendre pour un SDF est en fait comédien.

Pendant quarante minutes, il va égrener les noms d’hommes nés un 25 avril. Qu’ils soient de Rodez ou de Belfast, nés en 1920 ou en 1981, ces hommes ont eu ce qu’on appelle parfois un « accident de vie ». Accidents qui sont le reflet des événements du XXème siècle. Ces inconnus ont été marqués par une guerre, un licenciement, une grève. Une rupture de vie à l’origine d’une éventuelle précarisation.

La voix puissante de Christophe Lafargue est amplifiée par le panneau d’affichage, d’où sort une musique exactement calée sur le jeu du comédien et ses ruptures. Sur ce panneau défilent des photos de famille et des publicités, qui se délitent à chaque histoire.

En ne jouant qu’un seul personnage, le comédien donne la voix et une unité à tous ces hommes aux parcours et aux horizons différents. Bien que le texte ait une certaine âpreté, Christophe Lafargue capte notre attention, grâce à l’intensité de son regard, la précision de ses gestes, la portée de sa voix, tout au long de sa performance.

Maïa Arnaud