Le 4ème mur

Critique / Le quatrième mur

Publié le: JEUDI 03 NOVEMBRE 2017

Casser « Le quatrième mur » pour arrêter la guerre ?

En adaptant le roman de Sorj Chalandon « Le quatrième mur » avec la compagnie du Théâtre des Asphodèles, Luca Franceschi questionne le pouvoir du théâtre à changer le monde. Une folle aventure qui nous plonge en pleine guerre civile libanaise avec légèreté et sincérité. Saisissant.

L’histoire proposée par l’auteur et journaliste lyonnais Sorj Chalandon n’est pas dénuée d’ambition. Samuel Akounis, metteur en scène grec en exil, souhaite créer une « trêve poétique » de quelques heures dans un Liban déchiré en réunissant des partisans de camps ennemis autour d’un projet commun : monter Antigone de Jean Anouilh. Malade, il va confier ce projet à son ami Georges, metteur en scène français militant. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Quand on entre dans la salle, Georges évolue en silence entre des plaques et des cubes de métal rouillé savamment disposés. Les lumières s’éteignent, les autres comédiens entrent en entonnant un rythme, Georges commence son récit. Nous voici embarqués pour une heure quarante-cinq de récit, de danse et d’human beatbox (boîte à rythme humaine). Les changements de décors et de costume se font à vue pendant les scènes. Trente secondes, un accessoire ou une chemise enfilés suffisent aux changements de personnage. C’est d’autant plus impressionnant dans la deuxième partie du spectacle qui se déroule au Liban. Les six comédiens nous transportent d’un camp à l’autre en un coup de chapeau. Les ambiances se suivent et ne se ressemblent pas, on passe de la peur au rire, comme Georges perdu dans ce pays à l’histoire trop compliquée pour lui.

Au début du spectacle, les changements de décors chorégraphiés et les ambiances sonores au service du récit, prennent un peu trop de place par rapport aux comédiens qui jouent très simplement en même temps. Mais au fil du spectacle, le beatbox devient vite partie intégrante des différentes ambiances traversées. Et la danse contribue à l’énergie qui circule entre les comédiens et le plaisir de jouer en ensemble. Ils sont là et nous tiennent en haleine jusqu’au bout.

Le plaisir de jouer ensemble, comme l’humour qui sillonne la pièce, ne trahit pas le propos sur la guerre civile. Au contraire, les comédiens alternent moments de jeu presque clownesque et d’autres d’une extrême sincérité. Pour chaque personnage, malgré la violence de leur combat, on voit l’être humain plutôt que le bourreau. Comment la souffrance conduit-elle à la volonté de vengeance ? George va-t-il lui aussi sombrer dans les luttes partisanes ? La fin tombe comme un couperet et ne donne pas de réponse. À nous de décider si le théâtre peut porter un message de paix ou pas…

Gaëlle Mignot

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