Zig zig

Critique / Zig Zig

Publié le: JEUDI 03 NOVEMBRE 2017

« Zig zig », quand le mépris de sexe rejoint le mépris de classe

Zig Zig déterre un pan non-officiel de l’histoire et explore ce qu’il en reste : un examen froid, rigoureux et laborieux, à l’image du procès imposé à ces femmes qui ont voulu (ou ont été poussées à) faire entendre leurs voix.

Cinq femmes sur le plateau, chacune derrière son bureau, une lampe éclairant leurs visages pour examiner les faits et faire la lumière sur la vérité. Mais, Ici, il n’y a que la parole qui peut faire foi. « Je ne crois que ce que je vois » disait St Thomas, seulement, Ici il ne reste que les cendres, l’incendie a déjà fait son ravage. Ici, c’est la révolution égyptienne de 1919. Ici, ce sont des militaires britanniques qui ont violé des paysannes.

La force de Zig zig est de faire état d’une approche intersectionnelle qui dénonce à la fois un mépris de sexe et un mépris de classe. Parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles appartiennent à la classe des dominé-e-s, leurs paroles n’ont pas de valeur.

Enfin, cette pièce nous renvoie habilement au Maintenant et à notre actualité si brûlante. Quand le noir revient sur scène, à la dernière note de la violoniste qui a tissé et rythmé, tout au long de la pièce, les témoignages entre eux, on en réclame encore et on refuse cette obscurité. Cependant, ce n’est plus aux cinq puissantes interprètes de Zig Zig de nous guider mais bien à nous, toutes et tous, de prendre les choses en main. Il y a un an, la revue Manière de Voir titrait « Femmes, la guerre la plus longue ». Un combat, apparemment loin d’être gagné.

Charlotte Thouilleux

en écho